DJI : D’un projet étudiant à l’empire des drones

drone dji

DJI, abréviation de Da-Jiang Innovations, est née en 2006 sous l’impulsion de Frank Wang (Wang Tao), alors étudiant passionné de modélisme aérien. L’entreprise démarre modestement dans le dortoir de Wang à l’Université des sciences et technologies de Hong Kong, où il conçoit ses premiers composants de contrôle de vol pour drones. Grâce à l’appui financier d’un ami de la famille, il s’installe à Shenzhen en Chine et recrute une petite équipe, malgré des débuts difficiles dus à ses exigences perfectionnistes. La persévérance finit par payer : en 2013, DJI lance le Phantom, son premier drone quadricoptère prêt à voler, qui démocratise la prise de vue aérienne pour le grand public. Proposé autour de 600 $, le Phantom intègre une caméra stabilisée et un système de pilotage facile à prendre en main, une révolution à l’époque. Ce drone blanc aux hélices vrombissantes devient vite iconique, ouvrant la voie à une nouvelle ère de drones grand public.

usine dji

Un drone DJI Phantom en vol. Lancé en 2013, le Phantom a popularisé le drone prêt à l’emploi pour la photographie aérienne auprès du grand public.

En quelques années, DJI s’est imposé comme le leader incontesté du marché des drones civils. Dès 2015, le Phantom 3 améliore encore la recette (caméra HD avec retour vidéo en direct), propulsant DJI au rang de numéro 1 mondial et reléguant une partie de la concurrence dans l’ombre. À partir de 2016, la société élargit son catalogue et vise l’international : elle ouvre des filiales à l’étranger et sort de nouveaux modèles plus portables et innovants. Aujourd’hui, la domination de DJI est telle que ses appareils représentent plus de 90 % du marché mondial des drones de loisir. En parallèle, la marque gagne en notoriété auprès des professionnels de l’audiovisuel et d’autres secteurs, préparant le terrain pour une gamme diversifiée de produits.

Des drones pour tous les usages : gammes grand public et professionnelles

DJI a développé au fil du temps des gammes de drones adaptées à différents publics et usages. Côté grand public, le fer de lance initial fut la série Phantom, ces drones blancs équipés d’une caméra embarquée. Les Phantom (1, 2, 3, 4…) ont séduit les photographes amateurs et vidéastes par leur stabilité et leur simplicité d’utilisation. À partir de 2016, DJI introduit la série Mavic, qui va progressivement détrôner le Phantom auprès du grand public. Le Mavic Pro inaugure le concept de drone pliable, facile à transporter dans un sac à dos tout en offrant des performances élevées. La série Mavic s’est étoffée avec les modèles Air plus compacts et les Mini encore plus légers (moins de 250 g pour certains, ce qui les dispense d’enregistrement dans certains pays). Ces drones de loisir intègrent des caméras de haute qualité (4K voire plus), des assistances de pilotage et une autonomie confortable, le tout dans un format portable. Pour les néophytes, DJI a même proposé un mini-drone ludique, le Spark, contrôlable par gestes de la main, témoignant de la volonté d’offrir des produits accessibles à tous.

En parallèle, DJI s’est attaqué au marché professionnel/entreprise avec des plateformes plus pointues. Dès 2014, la série Inspire cible les professionnels de l’image et du cinéma. Les Inspire 1 et 2 sont de gros drones dotés d’un châssis en fibre de carbone, avec train d’atterrissage rétractable et caméras interchangeables montées sur nacelle stabilisée. Ces engins offrent des prises de vue d’une qualité digne du cinéma et ont d’ailleurs été adoptés par de nombreux réalisateurs. Pour les applications industrielles et de sécurité, DJI propose la gamme Matrice : des drones modulaires et robustes capables d’emporter divers capteurs (caméras thermiques, zooms puissants, capteurs LiDAR, etc.) et de résister à des conditions difficiles. Par exemple, le Matrice 200 et ses successeurs sont utilisés pour des missions d’inspection d’infrastructures, de cartographie ou de recherche de personnes, y compris par des entreprises comme la Deutsche Bahn en Allemagne. En agriculture, DJI a développé la série Agras, des drones imposants (jusqu’à 25–80 kg) conçus pour l’épandage de pesticides et engrais sur les cultures. Un Agras peut pulvériser rapidement et précisément des champs, contribuant à la montée en puissance de l’agriculture de précision. Enfin, notons que DJI ne se limite pas aux drones aériens : la société produit aussi des stabilisateurs de caméras (gammes Ronin et Osmo) et a même organisé un concours annuel de robotique (RoboMaster) dès 2015, illustrant son ancrage plus large dans la robotique et l’image.

Quelles innovations technologiques ont fait le succès de DJI ?

Le succès de DJI repose sur un savoir-faire technologique qui a sans cesse repoussé les limites du possible en matière de drones civils. Parmi les avancées majeures apportées par DJI, on peut citer :

  • Stabilisation d’image et pilotage : DJI a révolutionné la prise de vue aérienne grâce à ses nacelles stabilisées sur 3 axes. Même par vent modéré, les caméras des drones DJI restent étonnamment stables, produisant des vidéos fluides et exemptes de vibrations. Cette maîtrise de la stabilisation a valu à DJI un Emmy Award scientifique et technique en 2017, tant ses drones ont transformé les tournages de séries TV et de films. En outre, le contrôle de vol assisté par GPS et capteurs permet à n’importe quel débutant de faire voler un drone DJI avec une grande précision. Les drones peuvent stationner (hover) quasiment au point fixe en compensant automatiquement le vent, ce qui facilite grandement le pilotage.
  • Autonomie de vol : Là où les premiers drones ne volaient guère plus de 10-15 minutes, DJI a fait d’énormes progrès en matière de batteries et d’efficacité énergétique. Aujourd’hui, un modèle grand public comme le Mavic 4 Pro peut atteindre 51 minutes de vol sur une charge, un record impensable quelques années plus tôt. Cette autonomie accrue ouvre la porte à des usages plus longs et plus éloignés (inspection de grande structure, missions de surveillance étendues, etc.). Par ailleurs, DJI a implémenté des systèmes intelligents de gestion de batterie et de retour automatique au point de départ quand le niveau devient critique, évitant les atterrissages forcés en rase campagne.
  • Intelligence artificielle et capteurs : Les drones DJI sont de plus en plus « intelligents ». Dès 2016, le Phantom 4 inaugurait la détection d’obstacles frontaux, évitant au drone de percuter un mur ou un arbre. Depuis, les modèles récents (Mavic Air 2S, Mavic 3…) disposent de capteurs multiples (optique, infrarouge, ultrasons) offrant une détection obstacle à 360°, et peuvent carrément contourner automatiquement les obstacles. DJI a également développé des modes de vol automatisés basés sur l’IA : par exemple le mode ActiveTrack qui permet au drone de reconnaître et suivre une personne ou un véhicule en mouvement tout en l’enregistrant, sans intervention du pilote. D’autres modes créatifs (orbit autour d’un sujet, dronie, timelapse en trajectoire, etc.) facilitent la capture de plans dignes d’un professionnel. Même les plus petits drones comme le Spark ont proposé des fonctions ludiques à base d’IA, comme le contrôle par gestes de la main pour prendre un selfie. L’ensemble de ces assistants intelligents rendent les drones DJI à la fois plus sûrs et plus faciles à utiliser.
  • Qualité d’image et capteurs photo/vidéo : Conscient que le drone est avant tout un outil d’imagerie, DJI n’a cessé d’améliorer la résolution et la taille des capteurs photo embarqués. On est passé de petites caméras sportives de 12 MP à des capteurs 1” (comme sur le Phantom 4 Pro), puis au micro 4/3 de 20 MP co-développé avec Hasselblad sur le Mavic 2 Pro, et plus récemment à un double capteur dont un téléobjectif et un grand capteur 4/3 sur le Mavic 3. Le partenariat stratégique noué avec le fabricant suédois Hasselblad en 2015 (suivi d’une prise de participation majoritaire en 2019) a permis d’améliorer la colorimétrie et la netteté des images. Résultat : les drones DJI offrent aujourd’hui une qualité 4K, 5K voire 6K sur certains modèles, avec un rendu exploitable professionnellement. En vidéo, la prise en charge de profils log (D-Log) et la stabilisation parfaite offrent une excellente base pour les productions audiovisuelles. La transmission vidéo en direct a également fait l’objet d’innovations, avec la technologie propriétaire OcuSync qui diffuse un retour HD en temps réel au pilote jusqu’à plusieurs kilomètres de distance. Enfin, DJI a intégré sur certaines déclinaisons professionnelles des caméras spécialisées : capteurs multispectraux pour l’agriculture (drone Phantom 4 Multispectral), caméras thermiques pour les inspections de nuit ou le secours, etc., ce qui élargit les possibilités d’utilisation de ses drones.

drone dji en vol

Des applications du drone DJI, du cinéma aux champs agricoles

Initialement vus comme de simples gadgets volants, les drones DJI se sont rapidement imposés comme des outils polyvalents dans de nombreux domaines. Voici quelques exemples de secteurs transformés par l’usage des drones DJI :

Audiovisuel, cinéma et photographie aérienne

Dans le monde de l’audiovisuel, DJI a tout simplement démocratisé la prise de vue aérienne. Avant, réaliser un plan séquence au-dessus d’un paysage nécessitait un hélicoptère coûteux ; désormais, un drone compact peut le faire à moindres frais. Les réalisateurs de cinéma, documentaires, publicités ou clips musicaux utilisent largement les drones DJI pour obtenir des images spectaculaires : vues panoramiques d’une ville, poursuites de véhicules, travellings au ras du sol, etc. Les drones Inspire équipés de caméras 4K haut de gamme sont devenus des outils standard sur les tournages. Ils ont même été mis à contribution dans des séries TV de premier plan et des émissions comme The Amazing Race ou Game of Thrones, pour lesquelles DJI a été récompensé par un Emmy. Pour les photographes et vidéastes indépendants, des modèles plus accessibles comme le Mavic 3 permettent de capturer des clichés aériens de haute qualité, ouvrant de nouveaux horizons créatifs. Sur YouTube et les réseaux sociaux, d’innombrables vidéos de voyage ou de sport intègrent des séquences filmées au drone DJI, tant l’imagerie par drone est devenue synonyme de dynamisme et d’esthétisme. Que ce soit pour filmer un mariage champêtre, un clip de surf ou un documentaire animalier, il y a de fortes chances pour que DJI soit de la partie. Son équipement a rendu l’audiovisuel aérien accessible même aux petites productions ou aux amateurs éclairés.

Agriculture et environnement

Dans les champs agricoles, les drones DJI ont entamé une petite révolution verte. La série Agras, lancée en 2015 avec l’Agras MG-1, a montré qu’un drone peut aider les agriculteurs à soigner leurs cultures de manière plus efficace. Ces drones de grande taille, ressemblant à de petits hélicoptères à plusieurs rotors, embarquent des cuves de liquide et des pulvérisateurs. Ils survolent les parcelles en répandant engrais ou pesticides avec précision, selon un plan de vol programmé. Cela permet un épandage ciblé, plus homogène qu’en tracteur et réalisable même sur des terrains escarpés ou détrempés où les engins classiques peinent à passer. DJI revendique d’ailleurs une adoption massive : près de 400 000 drones agricoles DJI étaient en service fin 2024 à travers le monde, ayant traité plus de 500 millions d’hectares de cultures dans plus de 100 pays. Les bénéfices sont multiples : économies de produits (car seul ce qui est nécessaire est pulvérisé), gain de temps (un drone couvre plusieurs hectares en quelques minutes) et réduction de l’exposition des ouvriers agricoles aux produits chimiques. En viticulture, des drones DJI équipés de caméras multispectrales inspectent l’état des vignes pour détecter maladies ou stress hydriques, permettant des interventions plus rapides. Dans d’autres domaines environnementaux, les drones sont aussi utiles : surveillance forestière (pour prévenir les feux de forêt ou suivre la faune), suivi de zones humides, reboisement (certains drones larguent même des graines en forme de boulettes). DJI a su adapter ses technologies pour ces usages : par exemple, des modèles comme le Phantom 4 RTK ou le Mavic 3 Multispectral offrent une grande précision de positionnement GPS et des capteurs spécifiques pour la cartographie agricole. On peut ainsi dire qu’en agriculture, les drones DJI sont devenus de véritables auxiliaires high-tech du paysan moderne, participant à l’essor de l’agriculture de précision.

Un drone agricole DJI Agras T50 en démonstration de vol. Ces appareils peuvent pulvériser engrais et pesticides de façon précise, couvrant de vastes parcelles rapidement et contribuant à la montée de l’agriculture de précision.

Sécurité publique, secours et surveillance

Les drones ont trouvé une place de choix dans le domaine de la sécurité et du secours. Les forces de l’ordre et les pompiers utilisent de plus en plus souvent les drones DJI pour des missions de surveillance ou d’intervention. Par exemple, lors d’opérations de police, un petit drone peut survoler une zone dangereuse pour fournir en temps réel des images au commandement, sans risquer la vie d’un agent. Les drones servent à surveiller des foules lors d’événements, à repérer un suspect en fuite ou à cartographier une scène d’accident. Aux États-Unis, on estimait en 2020 que 90 % des drones en dotation dans les services de police et pompiers étaient des DJI, ce qui illustre la confiance accordée aux appareils de la marque dans ce secteur. En France, la Gendarmerie et la Sécurité Civile se sont également équipées en drones DJI (des Phantom 4, Mavic 2 Enterprise, etc.) pour avoir un œil aérien durant les interventions.

Pour les pompiers et secouristes, les drones sont devenus des alliés précieux lors de catastrophes ou de recherches. Équipés de caméras thermiques (comme le modèle DJI Mavic 2 Enterprise Dual), ils détectent la chaleur humaine à travers la végétation ou la fumée, aidant à retrouver des personnes disparues en forêt ou localiser des victimes sous les décombres après un séisme. En montagne, un drone peut survoler des crevasses dangereuses pour chercher un alpiniste égaré. En mer, ils inspectent rapidement une zone pour repérer un naufragé avant l’arrivée des secours. DJI propose d’ailleurs des accessoires utiles comme des haut-parleurs et projecteurs adaptables sur ses drones professionnels pour permettre, par exemple, de diffuser un message de mise en sécurité à des randonneurs isolés ou éclairer une zone pendant la nuit. Lors des incendies, les drones survolent les forêts pour détecter les points chauds résiduels ou guider les pompiers à travers la fumée. En somme, surveillance, gestion de crise, secourisme – les drones DJI ont multiplié les applications en sécurisant les interventions et en apportant des informations cruciales en temps réel.

Inspection industrielle et infrastructurelle

Un autre champ d’application florissant des drones DJI est l’inspection industrielle. Qu’il s’agisse de vérifier l’état d’une ligne à haute tension, d’ausculter le tablier d’un pont ou d’inspecter le flare d’une plateforme pétrolière, envoyer un drone est souvent plus simple, rapide et sûr que de mobiliser une équipe avec nacelle ou hélicoptère. Les drones DJI de la gamme Matrice, par exemple, sont taillés pour ce genre de missions : robustes, capables de voler par vent modéré et d’emporter des caméras à zoom puissant ou des capteurs thermiques. Une équipe d’inspection peut ainsi piloter le drone pour scruter en détail les soudures d’une éolienne à 80 m de hauteur, détecter des surchauffes sur un pylône électrique via l’imagerie thermique, ou cartographier en 3D une carrière grâce à la photogrammétrie. De grandes entreprises et services publics utilisent ces outils : en France, Enedis et RTE recourent à des drones (dont des DJI Matrice) pour surveiller les lignes électriques et anticiper la maintenance. La SNCF a testé des drones pour surveiller ses voies ferrées. À l’étranger, la Deutsche Bahn, compagnie ferroviaire allemande, a intégré des DJI Matrice pour l’inspection de ses installations. Les avantages sont clairs : plus besoin de couper une ligne ou de mobiliser des cordistes pour une inspection visuelle de routine. Le drone envoie ses images HD en direct, stocke les données GPS de chaque point contrôlé, et peut même comparer les images dans le temps pour détecter une anomalie qui s’aggrave. Sur les sites industriels sensibles, les survols réguliers par drone permettent de vérifier clôtures, toitures, pipelines, etc., afin d’améliorer la sécurité. Les drones sont également utilisés pour la topographie et le BTP : réaliser le relevé d’un chantier, suivre l’avancement des travaux, ou contrôler des toitures de bâtiments. DJI a d’ailleurs sorti des versions dédiées comme le Phantom 4 RTK (avec GPS centimétrique) pour la cartographie de précision, ou le Mavic 3 Enterprise équipé de zoom x56 pour voir le moindre détail. En résumé, dans l’industrie et les infrastructures, les drones DJI jouent les inspecteurs volants, faisant gagner un temps précieux tout en améliorant la sécurité des opérations de maintenance.

Controverses récentes : données en sécurité et tensions géopolitiques

Malgré ses succès, DJI s’est retrouvé au cœur de controverses ces dernières années, notamment sur la question de la sécurité des données et dans le contexte des rivalités géopolitiques sino-occidentales. Le débat a été lancé en 2017 lorsqu’une note interne de l’armée américaine a banni l’usage des drones DJI par ses troupes, invoquant des craintes d’espionnage : les appareils du fabricant chinois enverraient-ils photos et données de vol aux autorités de Pékin ?. DJI a fermement démenti ces accusations, allant jusqu’à clamer lors d’une conférence que « vos données ne sont pas notre business ». La méfiance s’est néanmoins installée aux États-Unis, sur fond de guerre commerciale et de tensions diplomatiques. En 2020, le gouvernement américain a placé DJI sur liste noire (Entity List) en l’associant à la surveillance de minorités en Chine, ce qui a restreint l’accès de DJI à certaines technologies américaines. Par la suite, plusieurs projets de loi aux USA ont visé à interdire purement et simplement les drones DJI du marché américain, les assimilant à un risque pour la sécurité nationale au même titre que Huawei ou TikTok. Des figures politiques comme la parlementaire Elise Stefanik ont accusé DJI d’avoir transmis des informations sur des infrastructures sensibles américaines et appelé à retirer les drones chinois du sol américain. Bien que DJI nie tout acte malveillant, l’entreprise se retrouve dans la tourmente : certains de ses nouveaux modèles ne peuvent plus être homologués par la FCC (l’organisme des télécoms), et l’administration américaine a interdit à ses agences l’achat de drones DJI depuis 2020.

En Europe, l’attitude est plus mesurée, mais la préoccupation existe. La France, par exemple, utilise des drones DJI dans ses administrations (pompiers, police) tout en évaluant les risques. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a examiné les flux de données des drones. DJI a de son côté proposé des « versions sécurisées Government Edition » de certains modèles, garantissant l’absence de transmission vers l’extérieur et un contrôle local des données. Une enquête commandée par le Pentagone a d’ailleurs conclu en 2021 que ces éditions spéciales ne présentaient pas de comportement suspect et pouvaient être utilisées par le gouvernement américain en toute sécurité. Mais le soupçon reste présent dans l’opinion. Au-delà des gouvernements, certains utilisateurs s’inquiètent du respect de la vie privée : un drone DJI filmant au-dessus de votre jardin envoie-t-il ses images sur des serveurs lointains ? DJI assure que non et a même implémenté un « mode données locales » dans ses applications, qui coupe toute connexion internet lors des vols sensibles.

Un autre volet des controverses est apparu avec l’usage des drones DJI dans des conflits armés récents. Les appareils grand public de la marque se sont retrouvés sur les champs de bataille, notamment au Moyen-Orient et en Ukraine. Durant la guerre en Ukraine, des deux côtés, des soldats ont utilisé des petits DJI Mavic pour de la reconnaissance ou même pour larguer des charges explosives artisanales. Cela a placé DJI dans une position délicate, accusé tantôt d’aider indirectement l’armée russe, tantôt l’armée ukrainienne. En 2022, DJI a pris une mesure inédite en annonçant la suspension de ses ventes en Russie et en Ukraine afin d’éviter que ses produits ne servent à la guerre. Une décision saluée par certains, critiquée par d’autres, et qui montre la difficulté pour une entreprise civile de rester neutre en temps de guerre. Plus récemment, lors du conflit de Gaza en 2023, on a rapporté que des drones DJI (y compris des modèles agricoles Agras détournés) auraient été utilisés par l’armée israélienne, ce à quoi DJI n’a pas officiellement réagi. Ces situations soulèvent des questions éthiques sur la responsabilité du fabricant : jusqu’où doit-il contrôler l’usage qui est fait de ses drones ? DJI rappelle que ses produits sont destinés à un usage civil et qu’ils intègrent des barrières logicielles (géorepérage) pour empêcher le survol de zones sensibles comme les aéroports ou bases militaires. Il reste que la réputation de DJI a pu souffrir de ces polémiques, alimentées par le contexte de défiance générale envers les technologies chinoises en Occident.

Quel avenir pour DJI dans le marché des drones ?

Malgré les vents contraires, DJI aborde l’avenir avec des atouts solides. L’entreprise conserve une longueur d’avance technologique sur ses concurrents. Elle investit fortement en R&D pour continuer à innover en matière d’autonomie (on parle de batteries à haute densité, voire de cellules à hydrogène à plus long terme), d’IA embarquée (drones encore plus autonomes, capables d’éviter et de comprendre leur environnement) et de qualité d’image (peut-être demain des caméras 8K, ou des capteurs encore plus grands sur des drones compacts). DJI explore aussi de nouvelles catégories de produits. Par exemple, elle a surpris son monde en 2020 en lançant le DJI FPV, un drone de course à la première personne, et en 2022 avec l’Avata, un drone caméra « cinewhoop » immersif, attaquant ainsi le créneau des drones de course et d’action cam. Surtout, DJI montre qu’elle ne se cantonne plus aux airs. En 2025, la société a introduit son tout premier robot terrestre grand public : un aspirateur robot baptisé DJI Romo, dévoilant son ambition de diversification dans la robotique domestique comme on peut le voir sur le site maniaques. Connue pour ses drones volants, la marque s’aventure ainsi dans l’entretien des sols, avec un appareil au design futuriste (coque transparente laissant voir les composants) qui intègre des capteurs et algorithmes de navigation issus des technologies de drones DJI. Le DJI Romo a été testé par le site maniaques, confirmant la capacité de DJI à appliquer son savoir-faire en vision et en automatisation à un tout nouvel usage du quotidien. Cette incursion dans la maison pourrait annoncer d’autres produits grand public hors du domaine aérien.

Par ailleurs, DJI devra composer avec un environnement concurrentiel et réglementaire en mutation. Si la firme a écrasé bon nombre de rivaux dans les années 2010, la décennie 2020 voit émerger de nouvelles têtes : des fabricants américains ou européens (Skydio, Parrot, Autel, etc.) cherchent à tirer parti des réticences vis-à-vis de DJI pour placer leurs propres drones, notamment auprès des administrations publiques. DJI pourra-t-elle maintenir son hégémonie de 90 % de part de marché ? Probablement sur le segment grand public à court terme, grâce à son avance technologique et ses coûts compétitifs. Mais elle devra rassurer sur la sécurité de ses produits pour conserver certains marchés stratégiques. En réaction, DJI pourrait localiser davantage certaines données (serveurs régionaux), ou proposer des garanties supplémentaires aux gouvernements.

Le marché des drones lui-même continue de s’étendre, avec des applications toujours plus nombreuses (livraison par drone, surveillance environnementale automatisée, taxis volants à plus long terme…). DJI aura certainement un rôle à jouer dans ces évolutions. La société participe déjà activement aux discussions sur la réglementation (numéro d’identification à distance des drones, intégration dans le trafic aérien). Son expertise technique pourrait l’amener à collaborer sur des projets de drones taxi ou des solutions de mobilité urbaine aérienne, même si pour l’instant DJI n’a pas annoncé de véhicules de ce type.

DJI a parcouru un chemin impressionnant depuis le petit atelier universitaire jusqu’au statut de géant mondial des drones. Son histoire est jalonnée d’innovations qui ont changé la donne dans l’aérien civil, et ses drones ont trouvé place du ciel des cinéastes aux rangs des pompiers. Les défis ne manquent pas – image à redorer, concurrents à garder à distance, politisation du marché technologique – mais DJI dispose d’une base solide de millions d’utilisateurs fidèles et d’une culture d’innovation. Si elle parvient à s’adapter aux enjeux de confiance et à continuer d’inventer le futur du drone (ou du robot), DJI restera sans doute un acteur incontournable des années à venir, faisant voler toujours plus haut les ambitions de la robotique grand public comme professionnelle.